La commission des Affaires Sociales de l’Assemblée nationale s’est réunie ce mercredi 31 mai pour examiner une proposition de loi visant à abroger la réforme des retraites. Le camp présidentiel était déterminé à torpiller ce texte, ce qu’il a finalement réussi à faire, mais non sans une vive opposition.
Dès le début de la réunion, les esprits s’échauffent et les voix se font entendre jusque dans les jardins de l’Assemblée. Méthodiquement, la majorité présidentielle, avec le soutien des Républicains, vide de son contenu la proposition de loi soutenue notamment par la Nouvelle Union pour l’Écologie (Nupes). Après avoir vu des centaines de ses amendements rejetés, cette dernière décide de quitter les débats.
» Ils ont outrepassé le règlement de l’Assemblée nationale pour arriver à leurs fins et ne pas perdre un vote. Donc, la seule arme qui nous est restée aujourd’hui est de partir de cette commission pour en dénoncer le caractère factice « , explique Sandrine Rousseau, députée écologiste.
Le groupe indépendant Liot, qui portait le texte, est tout aussi indigné, à l’image de son président Bertrand Pancher : » C’est mon 4e mandat de parlementaire, je n’ai jamais vu autant de tentatives de perturber le fonctionnement de l’Assemblée nationale de la part de la majorité. «
Mais la présidente du groupe Renaissance, Aurore Bergé, défend bec et ongles la stratégie du camp présidentiel : » Nous respectons scrupuleusement nos institutions, la Constitution, nos règles de droit et notre fonctionnement. » Elle renvoie la responsabilité des perturbations à la Nupes : » Nous avons été confrontés à des menaces, des intimidations, des insultes, des manœuvres et des manigances. Et nous avons simplement répondu par la démocratie, c’est-à-dire par un vote. » Un vote qui a donc été favorable au camp Macron. La principale disposition du texte, à savoir l’abrogation de la réforme des retraites, a été supprimée.
Appel à la mobilisation le 6 juin
C’est un nouveau revers pour les oppositions dans la bataille des retraites, mais elles entendent poursuivre leur lutte à plus ou moins long terme. Charles de Courson veut encore y croire. Sa proposition de loi a encore une chance d’être votée en séance publique dans une semaine. Toutefois, le député Liot n’a plus le contrôle du destin de son texte, qui pourrait être déclaré irrecevable par la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet : » Si elle agit ainsi, elle créera un précédent qui pourrait tuer toutes les propositions de loi, y compris celles de la majorité actuelle. «
Du côté de la Nupes, on espère que la mobilisation sociale du 6 juin, à l’appel des syndicats, exercera une pression sur Yaël Braun-Pivet. » Le 6 juin, nous aurons besoin d’une mobilisation populaire maximale pour empêcher la présidente de l’Assemblée de trouver un prétexte et nous empêcher de débattre, de voter cette loi « , lance Mathilde Panot, présidente du groupe Insoumis.
Cependant, un député communiste l’admet, les chances sont minces, il faut donc penser à la suite, rapidement, car le Rassemblement National, une fois de plus épargné par la virulente bataille à l’Assemblée, continue d’avancer ses pions. » Je crains que pour les Français, il ne reste plus qu’un seul espoir, que ce soit le vote et l’arrivée de Marine Le Pen en 2027 qui reviendra sur cette proposition injuste « , assure Laure Lavalette, députée du Rassemblement National.
Mais qui sait, l’abrogation de la réforme des retraites pourrait intervenir avant 2027. En effet, plusieurs groupes d’opposition ont annoncé leur intention de présenter de nouvelles propositions de loi en ce sens dès le mois de septembre 2023.
